Bonus Réparation : pourquoi les cordonniers ont tout à y gagner ?
Depuis 2023, le Bonus Réparation mis en place par l’éco-organisme Refashion soutient les professionnels de la cordonnerie en finançant une partie des réparations de chaussures grâce aux écocontributions des marques ( non le Bonus n’est pas de l’argent public ! ). Concrètement, les clients bénéficient d’une réduction immédiate, directement déduite en caisse, tandis que les artisans sont remboursés ensuite sous 15 jours par Refashion.
Pour être éligible, un cordonnier doit être labellisé, une démarche simple et gratuite qui demande seulement de prouver l’existence de l’activité et la maîtrise du savoir-faire.
Pourquoi se labelliser ?
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Pour encourager davantage de clients à réparer plutôt qu’à jeter ;
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Pour dynamiser son chiffre d’affaires ;
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Pour valoriser le métier et son rôle environnemental ;
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Pour soutenir la filière française de la réparation.

Nous avons interrogé plusieurs cordonniers labellisés. Leur point commun : une expérience riche, parfois différente, toujours instructive. Voici leurs retours.
Témoignages de cordonniers labellisés Bonus Réparation
« Une opportunité et un accélérateur d’activité »

Charles-Eric Motte – La Cordonnerie de Charly, Villeneuve-d’Ascq
Charles-Eric s’est engagé « dès l’origine de la mise en place du dispositif », après avoir été très tôt informé par la FFCM. Il commence à renseigner son dossier dès juin 2023, signe le contrat en août, et démarre réellement en novembre de la même année au moment du lancement officiel du dispositif. Contrairement à ce que certains pensent, il juge la labellisation simple : « S’agissant d’un dispositif qui redistribue de l’argent privé mais encadré par les pouvoirs publics, il est normal que des preuves que l’entreprise existe soient demandées. […] Pour ma part, j’ai trouvé la démarche assez simple, cela prend tout compris 1 heure au maximum. »
Comme beaucoup d’artisans, il a dû faire évoluer son organisation, notamment parce que « prendre des photos des réparations à effectuer et des tickets de caisse […] prend un peu de temps ». Au début, il utilise l’application mobile, ce qui représente « 1 minute par déclaration ». Quelques mois plus tard, il décide d’aller plus loin et investit dans un logiciel métier : « J’ai investi quelques mois plus tard dans un logiciel de caisse (Hangers) qui contient une fonctionnalité dédiée au Bonus Réparation et qui transmet automatiquement les photos et les factures à Refashion. » Résultat immédiat : « Cela prend 10 secondes par déclaration. » Il rappelle aussi que Refashion soutient cette modernisation : « Dans le cadre de “l’aide à la digitalisation”, Refashion subventionne une partie du matériel la première année et une bonne partie de l’abonnement à la solution Hangers chaque année. » Autre point très apprécié : la rapidité des remboursements. « Refashion procède au règlement du Bonus Réparation de l’ensemble des réparations du mois précédent dans les 15 jours du mois suivant », explique Charles-Eric.
Côté clients, l’impact est clair. Charles-Eric les informe systématiquement en indiquant le prix et « le “reste à charge” une fois le Bonus Réparation déduit ». Résultat : « Il y a un effet indéniable sur le comportement des clients […] moins d’hésitation à réparer, donc plus de volume d’articles à réparer. » L’effet économique est très net : « J’ai eu une progression de chiffre d’affaires de près de 50% en 2024 (comparé à 2023). » Son message aux collègues hésitants est sans détour :
« Le Bonus Réparation est une formidable opportunité (…) Pourquoi s’en priver ? »
« Long mais clair, et ça vaut le coup d’aider les clients »

Frédéric Joao – Les Petits Souliers de Saint-Cyr, Saint-Cyr-sur-Loire
Engagé depuis novembre 2023, Frédéric reconnaît que la démarche est un peu longue, mais jamais complexe : « Il faut prendre son temps, tout est bien expliqué. » Pour la gestion, il s’organise différemment : photos et saisie au fur et à mesure. « Si on attend la fin de semaine, c’est l’erreur assurée ! » La première année, il a observé une forte hausse d’activité. La dynamique s’est depuis un peu stabilisée, mais il envisage de relancer la communication : réseaux sociaux, affichage, voire une campagne nationale. Il accompagne volontiers les collègues hésitants : « Je les invite en boutique pour leur montrer. Je l’ai fait pour deux cordonniers, aujourd’hui ils sont ravis d’être labellisés. Le plus important, c’est de rassurer. »
« Une expérience mitigée : des avantages mais aussi une vraie charge »

Franck Bourgogne – Atelier Bourgogne, Paris
Franck témoigne avec franchise. S’il juge la labellisation simple, rapide et bien conçue, son quotidien est plus contrasté. Il déplore une plateforme parfois instable (photos trop lourdes, tarifs préenregistrés qui disparaissent), une multiplication des règles ou modifications sans communication claire, ainsi qu’un grand nombre d’onglets qui complexifie la recherche de dossiers.
Avec 250 dossiers par mois, cela représente pour lui un volume important : « Je dois y consacrer mes soirées et le dimanche. » Il regrette également le manque de communication nationale sur le dispositif et l’inquiétude de certains clients sur la pérennité du fonds. Son avis est franc : « Je ne recommanderais le dispositif que si l’entreprise dispose d’un personnel dédié à l’accueil et à la gestion des dossiers. »
« Oui, c’est du travail… mais c’est une bonne action qui profite à tous »
Conclusion : un dispositif qui transforme la réparation et ouvre de nouvelles perspectives
Au fil des témoignages, une évidence s’impose : le Bonus Réparation constitue une véritable opportunité pour la profession. Au-delà de l’aide financière apportée aux clients, le dispositif renforce l’attractivité de la réparation, fait revenir en boutique des personnes qui n’auraient peut-être pas franchi la porte, et contribue à valoriser le savoir-faire des artisans.
Oui, la gestion demande de l’organisation et parfois quelques ajustements. Mais la plupart des cordonniers soulignent que les bénéfices — hausse du volume de réparations, satisfaction client, valorisation écologique du métier — dépassent largement les contraintes initiales. Et surtout, les artisans ne sont pas seuls : les équipes de Refashion sont reconnues pour leur disponibilité, leur écoute et leur accompagnement. Qu’il s’agisse de questions techniques, d’un blocage sur la plateforme ou d’une demande d’éclaircissement, il ne faut vraiment pas hésiter à les solliciter.
Le Bonus Réparation n’est pas seulement une aide : c’est un levier pour redynamiser la filière, moderniser les pratiques et renforcer la place essentielle des cordonniers dans l’économie circulaire. Un dispositif perfectible, certes, mais surtout une belle chance pour la profession, portée par un accompagnement solide et une volonté commune : faire vivre la réparation, au bénéfice de tous — artisans, clients et planète.
Pour en savoir plus sur le Bonus Réparation, rendez-vous ci-après : refashion.fr