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Former les cordonniers multiservices de demain

Le Congrès National de la Cordonnerie Multiservice au Mans a mis en lumière un enjeu essentiel : la formation des futurs artisans. Trois acteurs majeurs ont marqué les esprits par leur engagement commun : l’École de la Réparation (Roubaix), le CFA Joué-lès-Tours (Campus des Métiers 37) et l’EREA Jean Monnet (Garches). Toutes trois proposent des formations en cordonnerie multiservices, un métier en tension où l’inclusion, la transmission et l’innovation se rejoignent. Leur participation au Congrès a rappelé que la cordonnerie multiservice n’est pas qu’un savoir-faire : c’est une véritable vocation. 


Trois écoles, une même mission : former des cordonniers multiservices compétents et passionnés

La cordonnerie multiservice est un métier en crise : avec moins de 50 % des réparateurs diplômés et une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, la filière doit agir rapidement pour assurer sa survie. Heureusement, plusieurs structures de formation se mobilisent pour attirer, former et insérer les futurs talents. Voici ce que proposent les trois écoles présentes au Congrès FFCM 2026, toutes engagées dans la formation au métier de Cordonnier Multiservices :

L’École de la Réparation (Roubaix) : l’inclusion comme levier de réussite

L’École de la Réparation se distingue par son approche inclusive et gratuite. Elle accueille des publics variés (jeunes en décrochage, adultes en reconversion, personnes en situation de handicap) et leur offre une formation pratique et adaptée, centrée sur les métiers de la réparation, dont la cordonnerie multiservices.

  • Formation phare : CAP Cordonnier Multiservices – Une formation accessible à tous, axée sur la réparation, la customisation et la vente, avec un fort accent sur l’économie circulaire.

  • Pédagogie : Apprentissage par la pratique, avec des projets concrets encadrés par des professionnels.

  • Résultats : 80 % d’insertion professionnelle dans les 6 mois.

  • Valeurs : Donner sa chance à tous, sans distinction de parcours.

  • Site : www.lecoledelareparation.fr

Congrès National FFCM 2026 au Mans

Le CFA Joué-lès-Tours (Campus des Métiers 37) : l’excellence artisanale en région Centre-Val de Loire

Le CFA de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de l’Indre-et-Loire est un pôle d’excellence pour les métiers du cuir et de la cordonnerie. Son Campus des Métiers 37 propose des formations reconnues et professionnalisantes, adaptées aux besoins des entreprises du secteur.

  • Formations proposées en cordonnerie multiservices :

    • CAP Cordonnier Multiservices (2 ans) : Formation complète pour maîtriser les techniques de réparation, de customisation, de duplication de clés, et de vente, avec une forte dimension pratique et commerciale.

    • BTM Cordonnier (2 ans) : Pour approfondir les compétences en gestion d’atelier et techniques avancées (réparation complexe, travail du cuir, etc.).

  • Public : Apprentis (en alternance) et adultes en formation continue.

Congrès National FFCM 2026 au Mans

Quand on voit des jeunes comme Tamara, Omid, Floria  ou Octavie (Ecole de la Réparation) qui se reconvertissent avec une telle passion pour ce métier, on se dit que l’avenir de la cordonnerie multiservice est entre de bonnes mains. Mais pour que cette passion devienne une réalité, il nous faut des artisans prêts à les accompagner.

Aujourd’hui, nous avons une dizaine d’apprentis qui attendent une entreprise pour concrétiser leur rêve. Et si c’était la vôtre ? La cordonnerie multiservice, c’est un métier où l’on répare bien plus que des chaussures : on répare aussi des vies, des vocations, et l’économie locale. Alors, qui sera le prochain à leur tendre la main ?

– Colin DESBOIS, chargé du Développement et de la promotion de l’apprentissage – CFA Joué-Lès-Tours


L’EREA Jean Monnet (Garches) : une formation adaptée pour des publics spécifiques

L’EREA Jean Monnet (Établissement Régional d’Enseignement Adapté) propose des formations en cordonnerie multiservices pour des élèves en situation de handicap ou rencontrant des difficultés scolaires. Son approche pédagogique et sociale permet à ces jeunes de trouver leur place dans le monde professionnel, tout en répondant aux besoins du secteur.

  • Formations proposées en cordonnerie multiservices :

    • CAP Cordonnier Multiservices (2 ans) : Formation individualisée pour acquérir les bases de la réparation de chaussures, d’articles en cuir, et des services associés (duplication de clés, gravure, etc.).

    • Titre Professionnel Sellier Garnisseur (1 an) : Formation courte pour les adultes en reconversion, avec un focus sur les techniques de réparation et de customisation.

  • Public : Jeunes en situation de handicap ou en difficulté scolaire, adultes en reconversion.

Jean-Michel Braud, Inspecteur académique de l'Education Nationale ; Sandy Hochedez - EREA de Garches ; Marc Banègues, Responsable Formation FFCM

Jean-Michel Braud, Inspecteur académique de l’Education Nationale ; Sandy Hochedez – EREA de Garches ; Marc Banègues, Responsable Formation FFCM

  • Atouts :

    • Encadrement personnalisé : Petits groupes et suivi individualisé pour s’adapter aux besoins de chacun.

    • Insertion professionnelle : Taux d’insertion élevé grâce à des partenariats avec les entreprises locales.

    • Lien avec les professionnels : Stages et visites d’ateliers pour une immersion totale dans le métier.

  • Site : www.erea-monnet-garches.ac-versailles.fr

  • Réseau : L’EREA fait partie du CN2E (Centre National des Établissements et Entreprises), qui regroupe les établissements spécialisés dans l’enseignement adapté.

Comment (bien) former et attirer la future génération de cordonniers et cordonnières ?

Cette session a réuni Jean-Michel Braud, Inspecteur de l’Éducation nationale à l’Académie de Versailles, Colin Desbois, Chargé de Développement à la CMA Formation Tours, et Marc Banegues, Président de l’Union Sud-Est et Responsable de la Commission Formation au sein de la FFCM. Chacun a apporté son regard unique : pédagogique pour Jean-Michel Braud, opérationnel pour Colin Desbois, et terrain pour Marc Banegues, artisan expérimenté. Ensemble, ils ont dessiné un panorama complet des solutions pour former et fidéliser les futurs professionnels du secteur.

Deux problématiques majeures : orientation et insertion

La discussion a rapidement mis en lumière deux défis interdépendants : l’orientation des publics vers les formations et l’insertion des jeunes dans la profession.

D’un côté, il s’agit d’attirer des candidats, qu’ils soient jeunes en fin de collège ou adultes en reconversion. Les leviers identifiés incluent :

  • Renforcer les liens entre professionnels et centres de formation : en participant aux Journées Portes Ouvertes des écoles ou en accueillant des professeurs et formateurs en atelier pour des immersions pratiques.
  • Promouvoir activement les métiers : via des campagnes publicitaires ciblées, des interventions en collèges, ou des partenariats avec France Travail pour toucher les adultes.
  • S’appuyer sur les Régions : en utilisant des plateformes comme Oriane pour informer sur les débouchés et les formations disponibles.

De l’autre, il faut maintenir l’engagement des apprenants et faciliter leur insertion. Pour cela, les intervenants ont insisté sur :

  • L’importance des témoignages : faire intervenir des anciens apprenants dès le début des formations pour montrer que la réussite est accessible.
  • Les visites d’entreprises : organiser des immersions en atelier dès les premières semaines pour ancrer les apprentissages dans la réalité du métier.
  • L’adaptation des diplômes : travailler avec le ministère de l’Éducation nationale et l’IGESR pour faire évoluer les programmes (CAP, BTM, Bac Pro) en fonction des besoins des ateliers.
Congrès National FFCM 2026 au Mans

Des solutions concrètes pour agir ensemble

La table ronde a aussi été l’occasion de rappeler que la formation est l’affaire de tous. Professionnels, formateurs, institutions et fédérations doivent se fédérer autour d’objectifs communs :

  • Informer sur les métiers et leurs évolutions (numérique, environnementale).
  • Attirer des publics variés, en cassant les clichés sur un métier souvent perçu comme “vieillot”.
  • Former des citoyens et des professionnels, en insistant sur les compétences transversales (accueil client, gestion, économie circulaire).
  • Certifier et insérer : en accompagnant les apprenants jusqu’à l’obtention de leur diplôme et leur intégration dans un atelier.

Un message fort est ressorti : la cordonnerie multiservice n’est pas qu’un métier, c’est une filière d’avenir, à condition de mobiliser tous les acteurs pour en assurer la transmission.

Un débat inspirant : et si la cordonnerie devenait une “filière de vocation” ?

La table ronde a également été marquée par une question soulevée par l’une des adhérentes. Face au constat désolant du manque d’attrait des jeunes pour les filières d’apprentissage — souvent perçues, à tort, comme une voie de garage — elle a proposé une idée audacieuse : et si l’on renommait cette filière en “filière de vocation” ? L’objectif ? Remplacer le terme “apprentissage”, parfois connoté négativement, par celui de “vocation”, bien plus valorisant et porteur de sens.

Cette proposition a immédiatement suscité l’enthousiasme et a été salué, soulignant qu’un tel changement de terminologie pourrait redonner ses lettres de noblesse à la formation professionnelle, en mettant en avant l’engagement, la passion et l’excellence qui animent ces métiers. Cette évolution sémantique pourrait changer la perception des jeunes, des parents, et même des institutions, en repositionnant la cordonnerie multiservice comme un choix d’avenir, et non comme une solution par défaut.